jeudi 15 octobre 2015

Nez à Nez


Voici ma participation au concours MABULLE organisé par Art to Play, le thème était "J'aime ton nez" :)

J'ai choisi d'interpréter ce thème sous la forme d'un "nez à nez" entre une geisha (dont un critères de beauté était d'avoir un petit nez) et un Tengu (esprit japonais malveillant et plein de convoitise représenté avec un masque au nez disproportionné et peu gracieux).

Et pour ceux qui aimeraient avoir l'explication de ce dessin (parce qu'en vrai il est assez métaphorique), lisez donc le pavé long et chiant ci-essous :


"J'aime ton nez", "Eh mad'moizelle, j'aime trop ton nez"... On dirait la parodie d'une remarque graveleuse que pourrait lancer dans la rue tout daleux auquel la notion de courtoisie échappe.
Un genre d'avis, bien que tourné en ridicule, qu'on n'a pas demandé et qui pourtant nous est jeté au visage, transformant n'importe quelle partie de notre corps en consommable.
"J'aime ton nez" : notez cette utilisation du "Je", ramenant le sujet à une vulgaire pulsion égoïste et égocentrique. Pas de "Ton nez est charmant", pas de "ton nez m'a plu", juste un "Je" autoritaire et envahissant qui s'approprie autrui et ne le considère qu'à travers le prisme de ses propres désirs.

Ce "Je" masculin et opressant, c'est le tengu. Entité bestiale et mal intentionnée, dont la convoitise est traduite par le geste brutal, il est pourtant bien loin d'être l'incarnation de tous les hommes. C'est la société qui le rend si vil. On attend de lui qu'il conquiert, qu'il s'approprie, qu'il chasse et domine. On lui demande d'être viril, brutal, la douceur c'est pour les femmes, et seuls ses intérêts ont de l'intérêt. Il se cache donc derrière ce masque hideux des clichés brassés par une société patercapitaliste qui le lui impose. Alors que derrière, quand il se met à nu, il n'est rien de moins qu'un homme, dans toute la vulnérabilité et l'humanité que cela implique. 

Cette vulnérabilité, c'est la geisha. Considérée comme un objet, au sens littéral du terme, de divertissement, mais aussi bien souvent sexuel puisque n'existant que pour apporter du plaisir aux hommes, elle croule sous les apparats et les artifices. Son maquillage et ses riches vêtements dissimulent sa personne. On attend d'elle à ce qu'elle soit parfaite, douce, féminine, attirante mais jamais dévergondée. Impuissante, elle est ballottée par les dictats de la beauté et la pression sexuelle qui la font passer pour un être superficiel dont les ressentis ne comptent guère. Mais aller à l'encontre de ces traditions risque de la rendre disgracieuse aux yeux du monde, et finalement c'est confortable de se taire.


On a donc ici un nez à nez entre deux âmes, métaphores d'une généralité sociétale, qui cachent leur vraie nature sous les couches de l'apparence. Tous deux ne pourraient pas être plus proches, et pourtant ni l'un ni l'autre ne se "verront" véritablement, tels qu'ils sont.  A moins de se décider à faire un pied de nez à cette société pour enfin briser ces codes centenaires.